La Poursuite Scintillante et le Défi du Vent

Le Jeu des Lumières Perdues devint rapidement une compétition amicale entre Jakob et Tomas. Leurs yeux, désormais entraînés, scrutaient chaque recoin de la place, cherchant les moindres étincelles. Jakob, avec son énergie habituelle, bondissait de droite à gauche, son bonnet rouge créant une traînée joyeuse dans le paysage enneigé. Il avait une technique particulière : il utilisait les reflets des vitrines des étals pour localiser les paillettes, comme un chasseur aguerri traquant sa proie. “Regarde ! Là, près de la boulangerie !” s'écria-t-il, désignant une infime lueur qui dansait près d'une pile de chouquettes fraîchement sorties du four. Tomas, plus méthodique, se concentrait sur les courants d'air. Il avait remarqué comment le vent, même léger, pouvait agiter les minuscules particules, les faisant apparaître et disparaître. Il fermait parfois les yeux un instant, puis les ouvrait lentement, comme pour laisser ses sens s'aiguiser, percevant les moindres déplacements d'air sur sa peau. “Le vent vient de changer de direction,” murmura Tomas, pointant vers un bosquet d'arbustes enneigés. “Elles doivent être là-bas.” Et en effet, quelques instants plus tard, une grappe de lumières perdues s'envola de derrière les branches, tourbillonnant comme des fées minuscules. Ils se mirent à courir, leurs rires se mélangeant au son cristallin des clochettes des passants. La place du village était devenue leur terrain de chasse enchanté. Chaque bocal se remplissait lentement, chaque capture apportant une satisfaction immense. Tomas, d'abord hésitant, s'était transformé. Sa timidité s'était envolée, laissant place à une détermination joyeuse. Il parlait plus facilement, posait des questions à Jakob sur les meilleurs endroits où chercher, sur les 'pièges' du vent, sur la façon de ne pas bousculer les particules trop tôt. “Parfois,” expliqua Jakob, “elles s'accrochent aux flocons de neige. Faut être super rapide pour les attraper avant que le flocon ne fonde !” C'était un défi, une course contre la montre amusante. Alors qu'ils se penchaient pour attraper un groupe de paillettes near the base d'une sculpture de glace représentant un ours polaire, un vent soudain et plus fort se leva. Il n'était pas glacial, mais suffisamment puissant pour disperser les lumières perdues qu'ils avaient réussi à rassembler. Des cris de déception s'échappèrent de leurs lèvres alors que leurs magnifiques collection s'envolait dans la nuit. Le vent devint de plus en plus capricieux, tourbillonnant, créant de petites tempêtes de neige locales. Les lumières perdues, devenues folles, dansaient dans toutes les directions, rendant la capture presque impossible. “Oh non ! Le vent les emporte toutes !” s'exclama Tomas, le visage traversé par une frustration grandissante. “On n'y arrivera jamais !” Jakob, cependant, avait une lueur de défi dans les yeux. “Si ! On va y arriver ! Faut juste être plus malin que le vent !” Il regarda autour de lui, pensif, son esprit vif cherchant une solution. Son regard s'arrêta sur les bâches colorées qui recouvraient certains des étals de marché, flottant légèrement sous les coups de vent. Puis, il vit les petites cordes qui servaient à les attacher, et enfin, les larges bancs en bois disposés pour les passants. Une idée germa dans son esprit. “Tiens, Tomas !” dit Jakob, sa voix pleine d'enthousiasme retrouvé. “Viens m'aider ! On va construire une sorte de ‘piège à vent’ ! On va pas laisser ces petites lumières nous échapper si facilement !” Il se précipita vers un étal dont le vendeur était absent pour un instant, soulevant avec précaution le bord d'une bâche. Tomas, d'abord perplexe, le suivit. “Un piège à vent ? Comment ça marche ?” demanda-t-il, un mélange de curiosité et d'incrédulité dans la voix. “On va utiliser les bâches pour créer des couloirs,” expliqua Jakob, ses mains gantées s'activant. “Le vent, il aime bien jouer dans tous les sens, mais si on le guide, on peut le forcer à nous apporter les lumières ! On va faire comme un entonnoir géant !” Les deux garçons se mirent au travail, leurs efforts combinés créant une synergie inattendue. Ils utilisèrent les cordes des étals, délicatement dénouées, pour attacher les bâches entre les poteaux des lampadaires, et parfois les encoches des bancs en bois, créant de petites barrières temporaires. Ce n'était pas facile. Le vent claquait les bâches, les rendant glissantes et difficiles à manipuler. Ils devaient travailler en équipe, l'un tenant une extrémité tandis que l'autre l'attachait. Tomas découvrit qu'il était étonnamment doué pour les nœuds simples et rapides, héritant d'une astuce que son grand-père lui avait apprise pour les randonnées. Jakob, lui, excellait à visualiser la trajectoire du vent, anticipant les endroits où le 'piège' serait le plus efficace. Ils déplacèrent un banc en bois pour bloquer une rafale, puis inclinèrent une bâche de manière à ce qu'elle dévie le vent dans une direction précise, créant un courant d'air plus stable et prévisible. Leurs joues étaient rougies par l'effort et le froid, leurs fronts perlés de sueur légère malgré les températures glaciales. Leurs doigts engourdis par le froid s'affairaient avec une précision croissante. Au début, le système était imparfait, les bâches s'affaissaient ou laissaient le vent s'échapper. Mais ils persévéraient, ajustant, réorganisant, réévaluant leurs stratégies. Jakob demandait à Tomas son avis, et Tomas, étonné de se sentir si à l'aise, partageait ses observations. “Et si on inclinait cette bâche comme ça ?” suggéra Tomas, imitant le mouvement d'une voile. “Peut-être que ça concentrerait les paillettes ici.” Jakob essaya. Et cela fonctionna ! Le “piège à vent” improvisé commença à prendre forme. Les bâches colorées, suspendues entre les poteaux et les bancs, créaient des sortes de tunnels où le vent était canalisé. Et, magie de l'ingéniosité, les lumières perdues, d'abord dispersées, commençaient à se concentrer dans ces passages étroits, comme attirées par un courant invisible. Leurs bocaux se remplirent à une vitesse étonnante. Non seulement ils capturaient plus de paillettes, mais les lumières semblaient plus intenses, comme si leur concentration les rendait plus brillantes. À ce moment, le froid n'était plus qu'une anecdote, un léger picotement sur la peau. Il n'y avait plus de timidité, plus d'isolement. Seulement la joie pure de la découverte, la satisfaction du travail d'équipe et la lueur de l'amitié naissante qui brillait aussi intensément que les lumières perdues dans leurs bocaux. Ils avaient transformé un obstacle en une opportunité, une déception en un triomphe, grâce à leur persévérance et à leur créativité. Et dans cette victoire partagée, Tomas se sentait, pour la première fois, vraiment chez lui, non seulement dans ce village, mais aussi auprès de son nouvel ami Jakob.